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L’exil de Johnny Hallyday en Suisse, ou une bonne occasion de débattre enfin de l’ISF avant les élections présidentielles
Par Pascal Comas, le 15 décembre 2006
Tristement symptomatique de l'exception française, la façon dont a été traitée la nouvelle de l'exil fiscal en Suisse du plus populaire des chanteurs français. Un de plus parmi ces égoïstes non républicains qui refusent de partager leur gros gâteau ! Une occasion au passage de dénoncer une partie (toute petite, il faudrait plusieurs journaux télévisés pour tous les citer) des détenteurs de gros patrimoines qui ont quitté la France pour s'installer en Suisse, en Belgique, en Irlande… Bien entendu, selon le prisme France 2, la classe politique est indignée dans son ensemble, de la gauche (bien sûr) à la droite en la personne de Jean-François Copé qui a préféré parler de jardinage plutôt que du fond du problème… Savoureuse dissonance tout de même, la séquence télé-trottoir dans une file d'attente peuplée de fans de Johnny : bien sûr il ne fallait pas en attendre de l'hostilité à l'égard du rockeur national, mais le parfait unisson du concert spontané des interventions était révélateur : "Bien sûr, ce sont les impôts, il y en a trop, il a bien raison, si je pouvais je ferais pareil" Merci aux fans de Johnny, parce que sans leur franchise il n'aurait pas été mentionné une seule seconde le problème à l'origine de l'exil de Johnny et de plus de la moitié de nos plus grosses fortunes. Car il s'agit, comme le mentionnait un intervenant en invoquant simplement la spécificité française, d'un phénomène unique en Europe, cette manie de quitter le territoire avec son argent gagné au travail. Aurions-nous donc les riches les plus égoïstes du continent ? C'est ce qu'adorent penser tous nos "solidaristes", qui sont rarement ceux dont la solidarité remplit les caisses du fisc, et souvent ceux qui en bénéficient. Ou aurions nous peut être l'impôt le plus stupide du continent ? Car derrière l'immense majorité de ces exils de talents, de compétences et de patrimoines, il y a trois lettres : ISF, pour Impôt sur la Fortune. Un impôt sur le capital qui pouvait représenter il y a peu encore jusqu'à 110 ou 120% de vos revenus annuels, et qui depuis l'instauration récente du bouclier fiscal ne ponctionne plus "que" 71% de vos revenus (en incluant la CSG), si votre patrimoine dépasse 750000 euros. Exception française, qui fait que nous sommes le seul pays dont la population, confortée en cela par la majorité de la classe politique, ne parvient pas à comprendre qu'elle a tout intérêt a retenir ses grandes fortunes, et à attirer celles des autres pays. Les estimations ont le mérite d'être parlantes : nous perdons un gros patrimoine par jour ! Soit environ 365 grosses fortunes par an qui choisissent l'exil depuis 1996 ! Autant de capitaux qui ne bénéficient plus en France à la solidarité, à l'investissement, à l'emploi… Pourquoi ne débat-on pas de l'ISF en France ? Parce que 70% de français sont pour son maintien ou son renforcement ! Parce que l'ISF est un poison inoculé dans la vie fiscale française par François Mitterrand avec le commentaire suivant : "On va prendre les Français par leurs petits côtés !" 25 ans que ce fléau nuit aux intérêts de la nation, et que la démagogie des uns et le manque de courage politique des autres font qu'il perdure en dépit de tout bon sens. Seuls quelques timides réformes ont permis d'atténuer sans faire disparaître les effets nocifs de cet impôt. Espérons donc que l'exil de Johnny va contribuer a un véritable débat sur cette question, et si cela ne suffit pas, il serait fort utile que d'autres riches célèbres lui emboitent rapidement le pas avec force publicité : ils rendraient un service à la patrie !
Pascal Comas
http://pascalcomas.typepad.com/
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