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Bâtir une "station météo" de l’emploi et de l’activité Par Patrick Salmon, le 16 novembre 2006 "Le chômage baisse"… Cet axiome gouvernemental, en plus d’être asséné et répété, est régulièrement mis en scène. Cet axiome mérite décryptage. La baisse du chômage n’est réelle sur le plan statistique que depuis février 2006 et elle doit peu à la politique du pouvoir en place. L’essentiel est dans une démographie favorable à cette baisse et dans la multiplication des artifices conduisant à sortir les chômeurs des listes officielles. A défaut d’agir massivement sur le niveau de chômage réel, l’actuel gouvernement instrumentalise à des fins électorales une baisse, fabriquée pour l’essentiel, du nombre des chômeurs. Comment être bientôt en dessous des 2 millions de chômeurs officiels alors que le nombre d’allocataires de minima sociaux ne cesse de croître ? En France, plus de 3 millions de personnes sont allocataires d’un minimum social. Avec les ayant-droits, conjoints et enfants, c’est un peu plus de six millions de personnes qui vivent d’un minimum social. Ces chiffres ne sont pas communiqués ni commentés chaque mois. Il en est de même pour les situations de sous-emploi. Les personnes travaillant moins qu’elles ne le souhaitent sont aujourd’hui plus de 1,2 millions. Ce sous-emploi explique la croissance massive du nombre des "travailleurs pauvres". Cette réalité là n’apparaît aucunement à travers l’indicateur médiatisé des statistiques du chômage. Un indicateur dont la pertinence est aujourd’hui en débat. Les demandeurs d'emploi inscrits à l’ANPE sont classés dans différentes catégories en fonction de la nature de l'emploi qu'ils recherchent et de leur disponibilité. Il existe ainsi huit catégories de demandeurs d’emploi. Les statistiques officielles publiées chaque fin de mois privilégient les demandeurs d'emploi de catégorie 1, c'est-à-dire ceux qui recherchent un emploi à temps plein en contrat à durée indéterminée et qui n'ont pas travaillé plus de 78 heures au cours du mois. De plus, ce nombre est "corrigé des variations saisonnières", c’est-à-dire qu’il est modifié afin de réduire les effets de variations parfois fortes, mais revenant chaque année. En définitive, le nombre mensuel de demandeurs d’emploi livré en pâture aux médias est un nombre bien épuré ! Un nombre épuré qui doit être en baisse… C’est la priorité des pouvoirs successifs. Depuis déjà plusieurs décennies, la publication et la médiatisation de ce chiffre influent considérablement sur les politiques de l’emploi. Cet indicateur, pourtant extrêmement réducteur d’une réalité particulièrement complexe, est devenu l’alpha et l’oméga des hommes politiques. Un indicateur sacro-saint qui déclenche des actions politiques conjoncturelles visant la baisse statistique immédiate du chômage alors qu’on est en droit d’attendre de véritables politiques structurelles. Les techniques du camouflage statistique pour sortir les chômeurs de la catégorie 1 sont nombreuses. Revue de détails qui est loin d’être exhaustive. Les emplois aidés Le Suivi mensuel des demandeurs d’emploi Le contrôle de la recherche d’emploi La mauvaise indemnisation des chômeurs L’idée d’abord défendue ici est de médiatiser prioritairement le solde net des créations ou des disparitions d’emplois. C’est là un intéressant critère pour rendre compte de l’activité d’un pays. L’ampleur de l’activité avec ses effets sur le niveau de l’emploi, le nombre de chercheurs d’emploi et le niveau de la pauvreté, tels sont les trois indicateurs à privilégier. L’objectif n’est en rien de "casser le thermomètre pour cacher ces chômeurs que nous ne saurions voir" ; il est, au contraire, de bâtir une véritable "station météo" de l’emploi et de l’activité.
Patrick Salmon est l’auteur de "Chômage, le FIASCO des politiques", Ed. Balland.
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