Mme Christine Lagarde a parlé de plan de rigueur à propos de la baisse des effectifs annoncée dans la fonction publique. Il semble que le terme ait choqué les oreilles de l'Elysée. Déjà Francis Mer avait surpris en appelant un chat un chat quand il parlait des réformes nécessaires. L'Elysée d'alors ne voulait pas de vagues par crainte des syndicats de fonctionnaires et de la fonction publique en général. Il admettait bien la nécessité des réformes mais rêvait de les mener sans que personne ne s'en rende compte. L'Elysée d'aujourd'hui dont le style est bien différent vivrait-il dans la même illusion ?

Des chiffres "publics" ont montré récemment que les charges "publiques" représentaient plus de 5 000 euros par an et par Français. Si on ne tient pas compte des citoyens qui paient peu ou pas d'impôt, cela signifie que ceux qui sont vraiment taxés travaillent au moins quatre mois de l'année pour l'Etat et ses dépendances. Certes bien des tâches "publiques" sont nécessaires, d'autres sont utiles. Personne ne met cela en doute. En revanche on est en droit de s'interroger sur la part de frais généraux engendrés par la manière dont ces tâches sont exécutées.

Mme Lagarde vient du privé, et a dirigé un grand groupe de conseil aux entreprises. Quand une entreprise accumule les dettes et cherche à "s'en sortir" sous peine de faillite, les premiers efforts consistent à examiner les frais généraux, l'utilité et le coût réel des activités, et la manière dont elles sont menées. On parle alors naturellement de plan de rigueur. Autrement dit de la nécessité de la "productivité". Voilà encore un mot qui n'est pas de mise à propos des actions de l'Etat et de ses dépendances. Il est vrai que l'Etat, paraît-il, ne peut pas faire faillite. Sans doute, mais il ne cesse de repousser à demain des actions nécessaires.

Est-il vraiment impossible de les annoncer en expliquant pourquoi elle le sont ? Certes le poids de la "fonction publique" est électoralement tel qu'un gouvernement craint toujours les "sanctions" électorales. Mais il est une sanction qui touche tout le monde, c'est l'appauvrissement ou l'affaissement relatifs de fait de notre société par rapport aux concurrents. Ce ne sont pas seulement les entreprises qui sont en compétition. Ce sont les Etats, les villes, les écoles, les universités, les hôpitaux, les services de recherches et bien d'autres activités publiques. Il n'y a pas d'un côté des secteurs soumis fréquemment à des plans de rigueur, qui sont souvent aussi des plans de relance – voyez l'automobile – et de l'autre des secteurs qui peuvent ignorer la productivité.

Certains qui le croient finissent par s'en mordre les doigts ou même par se ridiculiser. Tel a été le cas de l'athlétisme français où, paraît-il, les athlètes étaient contents d'eux avant les épreuves, pour découvrir à Osaka que le niveau des épreuves était beaucoup plus relevé que les précédents. Il en va de même pour les services publics. Alors rigueur, mais avec une ambition : devenir ou redevenir les meilleurs.