Une fois de plus, alors qu'on s'attendait à une limitation du déficit de la sécurité sociale, il se creuse.

Les quatre branches (maladie, vieillesse, accidents du travail, famille) sont dans le rouge. La branche famille est presque équilibrée. La branche accidents du travail se détériore. Les deux branches les plus inquiétantes sont celles de la vieillesse et la maladie.

Pourquoi "la vieillesse" ? Parce que le départ anticipé pour carrières longues prévues en 2003 a eu plus de succès que prévu et surtout parce qu'en dépit des encouragements à la prolongation d'activité, les personnes concernées continuent de préférer la retraite. On peut se demander aussi si les entreprises font tout pour les retenir.

Mais c'est l'assurance maladie qui creuse le plus le déficit (6,4 milliards d'euros de déficit annoncés pour 2007 sur un total de 12, alors que les prévisions n'étaient que de 3,9 milliards). Sont en cause la multiplication des arrêts de travail de moins de huit jours, les "soins" de ville, les frais hospitaliers et les médicaments.

Le gouvernement prévoit de parer au plus pressé, notamment une réduction des remboursements aux patients (17 %) qui ne suivent pas les règles du parcours des soins, une légère contribution par acte médical, l'imposition des médicaments génériques aux bénéficiaires du tiers payant. Cela permettra seulement d'économiser 400 millions en 2007 et 1,2 milliard l'an prochain. Il faut donc envisager un autre remède.

Depuis des années on sait qu'avec le vieillissement de la population, les progrès de la médecine, des techniques chirurgicales et des médicaments, les dépenses de santé ne peuvent que croître. On peut certes faire des efforts de "productivité" ou tout simplement de gestion dans les hôpitaux. On peut demander aux médecins d'éviter le laxisme pour les arrêts de travail ou les soins. Mais même si on réalise des progrès substantiels, il y aura toujours un trou à combler.

La solution inévitable est d'accroître la participation des patients aux frais. Les mutuelles y contribuent. Mais elles ont aussi des limites. C'est donc bien de débours personnels dont il est question. La sécurité sociale pouvait paraître "gratuite" pour une partie de l'opinion à l'époque où les assurés étaient plus jeunes qu'aujourd'hui et la médecine moins élaborée (quoique déjà fort efficace). Ce n'est plus envisageable en raison des évolutions techniques et démographiques. Tant que chaque "consommateur" ne percevra pas la réalité des coûts il continuera de croire que "c'est l'Etat qui paie". La partie s'annonce difficile sur le plan politique et ne peut être gagnée qu'avec beaucoup d'information en espérant (voeu pieux) que majorité et opposition participent à "l'information vérité".

Autre volet qui appelle aussi un véritable et long effort, celui de l'allongement de la durée de cotisation, donc de la durée de travail. Si on considère que le système peut "supporter" en moyenne 15 ans de financement de retraite par personne, cela conduit à préconiser la retraite à 65 ans et plus, en raison de l'espérance de vie. Si on passe à 20 ans d'espérance de retraite, il faudra accroître beaucoup les moyens de financement. Or dès à présent bien des retraités ayant quitté la vie active à 55 ans ou moins de 60 ans vivent (et c'est heureux) jusqu'à 85 ans et plus.

Faute de tirer des conclusions réalistes des évolutions, on n'a pas fini de parler du trou de la sécurité sociale.