La mise en place d'une TVA sociale est économiquement équivalente à une dévaluation avec des avantages et des risques tout à fait similaires.

La TVA sociale consiste à réduire les cotisations sociales patronales et à augmenter la TVA d'un même montant. Faisons d'abord comme si nous étions en économie fermée (ni importations, ni exportations) et allons même jusqu'à supposer que toute la production est consommée (pas d'investissement). La baisse des charges sociales se traduit alors par une baisse du prix HT de la production qui est exactement compensée par la hausse de la TVA, si bien que les prix TTC à la consommation restent les mêmes. Rien ne change, ni le volume de la consommation, ni celui de la production, ni l'emploi.

La production est toutefois en partie constituée de biens d'équipement qui sont employés pour investir et produire ensuite des biens de consommation. La baisse des charges sociales réduit immédiatement le prix HT des biens de consommation mais elle réduit aussi le prix des biens d'équipement , ce qui entraîne un peu plus tard une nouvelle baisse du prix HT des biens de consommation. Au final, la baisse des cotisations sociales se traduit par une diminution du prix HT des biens de consommation qui est à nouveau exactement compensée par la hausse de la TVA avec la même absence d'effet sur la consommation, la production et l'emploi. On peut ajouter que si le coût du travail diminue grâce à la réduction des charges sociales, le coût du capital diminue aussi, grâce à la réduction du prix des biens d'équipement. Il n'y a donc rien à attendre en termes de degré de substitution entre travail et capital dans les processus de production.

Les effets intéressants viennent uniquement du commerce extérieur. La baisse des charges sociales réduit le prix de nos exportations sans que ce soit compensé par la hausse de la TVA qui ne leur est pas appliquée. La baisse des charges sociales ne modifie pas le prix des produits importés mais la hausse de la TVA les renchérit. Le prix de nos exportations baisse et celui de nos importations augmente. Nous devrions donc exporter plus et importer moins, donc augmenter la production nationale et l'emploi, exactement comme si nous avions dévalué notre monnaie.

Le prix TTC des produits français vendus sur le marché intérieur ne change pas mais le prix TTC des produits importés augmente pour les consommateurs. Les prix moyens à la consommation augmentent donc, exactement comme après une dévaluation ; c'est inévitable.

Si on en reste là, la production et l'emploi s'améliorent grâce à un renforcement de notre compétitivité financé par les ménages à travers une réduction de leur pouvoir d'achat. Mais, toujours comme après une dévaluation, il y a un "risque" de voir les ménages essayer de compenser leur perte de pouvoir d'achat par une hausse de leurs revenus. C'est d'ailleurs souvent automatique car il ne faut pas oublier que le SMIC est indexé sur les prix à la consommation et, avec lui, une bonne part des salaires.

Il peut donc arriver, comme après une dévaluation, que les salaires augmentent, ce qui conduit les entreprises à augmenter leurs prix etc. Au mieux, on revient à la situation antérieure et, au pire, on entre dans une spirale inflationniste qui finit par entraîner une perte d'activités et d'emplois. La TVA sociale, comme une dévaluation, ne peut avoir d'effets bénéfiques sur l'emploi que si les ménages acceptent une perte de pouvoir d'achat et si on ne rentre pas dans cette spirale de hausse des prix et salaires.

Ces effets bénéfiques doivent aussi être relativisés. Il s'agit d'accélérer un peu les créations d'emplois dans les secteurs compétitifs et de freiner leur destruction dans les autres secteurs. Cela ne peut pas remettre fondamentalement en cause le processus de restructuration du système productif entraîné par l'ouverture des frontières aux échanges commerciaux et aux mouvements de capitaux (la mondialisation dit-on aujourd'hui).

Face à une dévaluation d'un de leurs partenaires, les Etats ont à leur disposition une mesure de rétorsion évidente, dévaluer à leur tour. Instaurer une TVA sociale en France serait une façon de répliquer à l'Allemagne mais d'autres pays pourraient être tentés de faire pareil et, finalement, tout le monde serait perdant.

Il y a des dévaluations qui marchent et d'autres non. En France, elles n'ont jamais été très efficaces et c'est pourquoi tous les gouvernements français depuis des lustres se sont efforcés de maintenir la parité du Franc jusqu'à la mise en place de l'Euro. Si les dévaluations n'ont jamais été très efficaces en France, c'est sans doute parce qu'il est particulièrement difficile d'y faire accepter une perte de pouvoir d'achat pour restaurer la compétitivité des entreprises.

En fait, c'est surtout un problème de calendrier et il s'agit de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Si la TVA sociale, comme une dévaluation, a un effet bénéfique et durable sur notre compétitivité, cela permettra ultérieurement de rétablir le pouvoir d'achat des ménages et même de l'améliorer. Ce sont les gains de compétitivité des entreprises qui permettent d'augmenter durablement le pouvoir d'achat des ménages et pas l'inverse.