8 % ou 15 % ? Le taux de chômage français est en baisse. Tant mieux. Mais on doit rappeler deux réalités. D'une part le chômage reste élevé. D'autre part, pour le réduire vraiment le traitement "social" ne suffira pas. Pour qu'il y ait des emplois il faut des employeurs.

Depuis des décennies les gouvernements, pour essayer de réduire le chômage, multiplient les aides aux emplois "Potemkine". Or la France est déjà l'un des pays du monde employant le plus de monde dans le secteur public. En l'alourdissant encore, on accroît les frais généraux du pays. Une embauche "publique" aujourd'hui engendre, du fait des statuts, des traitements et des retraites pendant des décennies. La réalité n'est pas 8 % de chômeurs rapportés à la population active, mais plus de 15 % de chômeurs rapportés à la population active "privée".

Quels sont les "employeurs" auxquels on peut faire appel ? D'abord ceux qui existent. Chaque année on compte trois millions d'embauches en France (donc environ 12 % de la population active). Certes certaines personnes peuvent changer d'emploi en cours d'année, mais cela donne tout de même une idée du possible. Si au lieu de 3 millions d'embauches il y en avait 3,5 millions majoritairement dans le secteur privé, ou mieux encore 4, la France passerait du pessimisme triste à un climat plus convivial. Un tel progrès suppose de la créativité entrepreneuriale. Mais les emplois à créer seront souvent très différents des emplois d'hier.

En caricaturant on peut dire que nous vivons la "fin des usines". A ceux qui, en matière d'emploi, réclament qu'à un poste de travail supprimé on substitue un poste similaire au même endroit – ce qui est souvent impossible – il faut rappeler l'évolution de l'agriculture. Notre pays comptait 5 millions d'agriculteurs en 1900 (dont beaucoup ne vivaient pas très bien). En 2006 ils sont à peine 500 000. Mais les activités liées au secteur agricole et alimentaire représentent 15 % des emplois en France. Il y a eu et il y a toujours déplacement des activités de production directe vers des activités de transformation, de commerce, de recherche, de financement, d'organisation. Il en va de même pour l'ensemble des entreprises. Nombre d'emplois qu'elles génèrent n'existaient pas il y a trente ans.

Par ailleurs, il n'y a jamais eu autant de travail dans le monde, de concurrence aussi mais également de marchés en fort développement et donc d'opportunités de ventes. La formidable montée de l'activité doit inciter les pays déjà industrialisés à innover et à s'affirmer par de fortes qualifications professionnelles.

Les évolutions en cours appellent aussi une adaptation des systèmes sociaux. Parce que les emplois bougent, beaucoup plus qu'autrefois, les éléments de protection et d'assurance qui leur étaient liés devront désormais suivre les personnes. Les garanties de base seront à compléter par de l'épargne individuelle ou mutualisée.