La valeur travail est de retour. Il en sera certainement beaucoup question dans la campagne des législatives et ensuite. Elle est liée au progrès de l'emploi.

Côté offre de travail on ne répétera jamais assez le constat de base : pour qu'il y ait des emplois, il faut des employeurs. On a trop misé sur les emplois publics, parfois nécessaires, mais souvent "bouche-trous". L'attention doit surtout se porter sur les emplois dans le domaine des entreprises petites, moyennes, grandes.

Les petites entreprises, personnelles avec zéro salarié, sont 1,2 million, entre 1 et 9 salariés elles sont au nombre de 1 million. Des progrès ont été accomplis pour faciliter la création d'entreprises individuelles ou de petite taille. D'autres restent nécessaires, à la fois psychologiques et administratifs.

Créer une entreprise et la faire grandir est un risque. Il est inévitable que des initiatives échouent. Mais ce n'est pas parce qu'on a raté une fois qu'on ne peut pas recommencer. La faillite n'est pas un péché, c'est une expérience. Encore faut-il que les partenaires de toute entreprise, même modeste, l'admettent. Merci aux organismes financiers de le comprendre. Merci aussi à eux de diversifier les offres d'appui, par exemple en affinant les techniques du micro-crédit.

La valorisation de l'initiative doit s'opérer dès l'école ou la famille. On admire les jeunes basketteurs qui ont le MBA en point de mire. Sans aller jusque là on devrait citer des exemples plus nombreux qu'on ne le croit qui conduisent par exemple un jeune menuisier compagnon du devoir, ayant appris l'anglais, à devenir maquettiste chez Boeing, ou un jeune artisan en ferronnerie montant un atelier dont les modèles ont attiré l'attention d'entreprises de décoration de jardins américains.

Il faut aussi que le créateur d'activité, surtout s'il embauche des salariés, ne soit pas soumis à des contrôles sourcilleux comme si on le soupçonnait d'emblée d'être un fraudeur. Il est bien que les administrations fiscales et sociales remplissent leur rôle, mais un peu plus de conseils et un peu moins de méfiance favoriseraient la promotion de l'entreprise de base. Il est normal que ceux qui créent de l'activité en tirent bénéfice et que cela soit reconnu.

Après les très petites entreprises on compte 150 000 entreprises entre 10 et 99 salariés. Certaines sont déjà "grandes" dans leur catégorie, par exemple le conseil très spécialisé. Mais celles qui pourraient grandir et embaucher sont en nombre insuffisant. Il est vrai que leur sort est souvent lié à l'évolution des grandes. Les regroupements de sous-traitance ne les favorisent pas toujours. L'envie de se développer est insuffisante. Les risques encourus paraissent plus lourds que les bénéfices attendus. La remarque vaut également pour les 15 000 entreprises de 100 à 2 999 salariés. Il s'agit souvent de firmes industrielles ou de bâtiment et de travaux publics. Elles sont les piliers du tissu industriel. Si leur nombre doublait l'économie française se renforcerait considérablement. Mais sans aller jusque là leur multiplication serait très positive. Dans un département moyen la présence de dix entreprises de 200 à 500 personnes serait un sérieux appui à l'emploi direct et aux emplois engendrés par une unité de production de qualité. Or ces entreprises sont parmi celles qui souffrent le plus des concurrences excessives venues d'Asie ou d'ailleurs. En revanche ce sont souvent celles qui ont un fort potentiel de croissance mais elles ne le mobilise pas pleinement. Il y a à cela des raisons fiscales, et la crainte de perdre son indépendance. Le climat général compte beaucoup. On peut espérer que la période qui s'ouvre sera plus propice à leur épanouissement.

Les grandes entreprises, plus de 3 000 personnes, ne sont que 200. Elles sont de plus en plus internationalisées. La France est pour elles une base nécessaire : leur premier marché est généralement l'Europe. Mais ce n'est pas nécessairement en France qu'elles font le plus de profits. Or l'emploi de demain passe aussi par les profits. Là où ils ont des chances de durer, là se font les investissements. Compte tenu des frais généraux qui pèsent sur les activités des pays comme le nôtre, ce pouvoir d'attraction suppose trois conditions : des progrès de productivité des services généraux (qu'on appelle publics) pour réduire leurs coûts ; un effort considérable de formation et d'innovation, ce qui se fera plus aisément si le monde de l'enseignement et celui de l'entreprise vivent en symbiose et non en climat d'hostilité ou de méfiance ; une évolution de l'état d'esprit des entrepreneurs qui s'ils veulent un environnement favorable à l'entreprise doivent s'y employer plus encore qu'ils ne le font, ce qui est difficile il est vrai dans la mesure où, en France, les rapports "sociaux" dépendent aussi de syndicats plus dévoués à la cause des employés de quelques bastions "publics" qu'à celle des salariés du privé.