En France, traditionnellement et depuis au moins 40 ans, lorsque l'on parle sur la place publique de santé, c'est d'abord et avant tout pour invoquer les questions de dépenses de soins et corrélativement pour trouver un remède au déficit chronique de l'assurance maladie.

Le bon état de santé général du pays n'incite d'ailleurs pas à des questionnements fondamentaux puisqu'en effet, notre espérance de vie est l'une des meilleures du monde.

Deux constats s'imposent cependant de ce point de vue. D'une part, à y regarder de plus près, nos bonnes moyennes cachent des disparités considérables, parmi les plus fortes d'Europe, constat qui a motivé la loi de santé publique du 9 août 2004 (voir aussi Leclerc A, Fassin D, Grandjean H, Kaminski M, Lang T., Les inégalités sociales de santé, Inserm - Editions La Découverte, 2000). D'autre part, malgré les quelques 170 milliards d'euros injectés dans le système de santé et une croissance annuelle de près de 5 %, ce qui représente tout de même plus de 8 milliards d'euros, aucun acteur du système n'exprime une satisfaction réelle. Certes, la population dans son ensemble, lorsqu'elle est sondée, déclare avec bon sens la conviction que la France est l'un des pays où l'on est le mieux soigné. Cependant, des médecins généralistes aux spécialistes, des hospitaliers aux libéraux, des infirmières aux biologistes, des syndicalistes aux sociétés savantes, des associations de malades aux ONG, c'est une litanie de plaintes et de récriminations.

Dans les sociétés riches et développées, le besoin de sécurité qui a fondé historiquement le développement de l'Etat devient de plus en plus un besoin de santé. L'actuel Chef de l'Etat l'a bien compris lorsqu'il a fait de trois problèmes de santé publique des chantiers prioritaires de son quinquennat : le cancer, l'insécurité routière et le handicap. Nul doute dans ce contexte que tous ceux qui vont postuler aux plus hautes fonctions du pays n'aient à cœur de parler de santé aux citoyens. Souhaitons ici que des réponses soient apportées à des questions de fond dont l'intérêt n'est pas que corporatiste.

En voici dix qui dessinent les grands enjeux de santé publique du 21ème siècle.

1. Que faut-il mettre en œuvre pour réduire les inégalités sociales et géographiques de l'état de santé qui sont une insulte à la devise républicaine et corriger la surmorbidité et la surmortalité des jeunes ?

2. Quelle démarche mettre en œuvre pour faire face au défi colossal du vieillissement de la population et en particulier comment organiser le système de soins pour qu'il respecte l'autonomie des professionnels tout en répondant aux besoins existants ?

3. Comment lutter contre le risque de démotivation des professionnels de santé qui constitue une menace majeure pour la qualité des soins ?

4. Comment permettre aux médecins libéraux qui le souhaitent de collaborer aux programmes de prévention organisée ainsi qu'aux activités hospitalières ?

5. Faut-il mieux rémunérer les prestations intellectuelles des médecins ou continuer de privilégier les actes techniques ?

6. Comment mener l'informatisation du système de soins de sorte que sa qualité s'améliore notamment au regard de l'important risque iatrogène ?

7. Comment organiser les rapports entre les différentes professions de santé pour garantir une égalité d'accès à des soins de qualité dans un contexte de démographie médicale et infirmière déclinante ?

8. Comment renforcer l'attractivité de la recherche en santé ?

9. Comment la France peut-elle prendre un leadership mondial dans la lutte contre les nouvelles menaces épidémiques ?

10. Que mettre en place pour que les innovations technologiques et les modifications écologiques ne menacent pas la santé de la population ? Autrement dit, quelles modalités faut-il adopter pour faire vivre le principe de précaution ?

Dans le secteur de la santé, il est trop facile de promettre toujours plus : d'hôpitaux, de médicaments, de prévention, etc. L'élection présidentielle doit permettre de débattre des questions structurantes pour l'avenir de la santé. Plus de dix questions ne seraient guère raisonnable. Mais il convient avant tout de s'assurer que cette liste de questions n'omet rien d'important.