Réponses, suite à mon précédent billet, à mes amis, qui sont de plus en plus nombreux et de plus en plus prolixes.

D'abord à la matinale Justine : où ai-je écrit que la fonction publique était composée d'autistes dépourvus de morale et de sens économique ? Où ai-je écrit que les vaillants créateurs d'entreprise n'échouent jamais et n'ont aucune rente de situation car, on le sait, les marchés et les hommes sont parfaits ? Ne me demandez pas si les positions que vous m'attribuez – procédé typiquement polémique mais, en l'occurrence, pas bien méchant – ne sont pas un peu caricaturales, en utilisant une formule interro-négative qui appelle forcément un "Bien sûr que si !". Car les positions que vous m'attribuez ne sont pas les miennes. Ceci dit en toute cordialité…

James Arly : ex Bossard, moi ? Vous n'auriez pas un peu envie de jouer aux devinettes pour découvrir mon identité avant le jour J, par hasard ? Si je ne dis rien, vous êtes conforté dans votre intuition et vous fouillez l'annuaire des anciens de Bossard ; à la première occasion, vous me demandez si mon nom commence par une voyelle ou une consonne. Et si je démens, vous lancez une autre hypothèse, pour voir comment je réagis, c'est ça ? Donc, je vous donne rendez-vous en novembre, et vous verrez bien… Mais puisque vous vous avouez consultant, vous aussi, sachez que je suis en pleine communion avec ce que vous dîtes sur la loi du genre telle que vous la définissez : écouter, écouter, écouter ….

Marc B. Je ne sais pas ce que vous appelez exactement les psychopapouilles, mais je trouve l'expression rigolote, une expression qui, par parenthèse, a hérissé le poil d'Hipparque et de Reii. Vous n'arrivez pas à restituer le débat ? Vous êtes peut-être monté dans le train en marche. Au départ, il s'agissait de choisir un président de la République sur des critères professionnels, comme le ferait un chasseur de têtes. En cours de route, c'est un peu comme dans les dîners conviviaux, on s'est échauffé, on s'est mis à parler de choses et d'autres et je me suis un peu déboutonné pour répondre à la curiosité d'amis lecteurs qui me soupçonnaient de parti pris. Sans vanter ma prose, je vous recommande donc la lecture des quelques billets précédents, sur les ''Trois France'', par exemple, ou mes hypothèses sur M. Sarkozy, ou mes allers-retours sur Mme Royal ou mes réactions au programme socialiste. Quant au fait que vous trouviez que le récit de ma vie professionnelle est soporifique, honnêtement, je ne vous en veux pas. Moi-même par moment, je m'endors en y repensant… ;-).

Ah, Marc B., en fin de journée, vous convenez que c'est ma démarche que vous ne comprenez pas… Alors, c'est le tout premier billet qu'il faut lire. Et s'il faut être plus explicite, disons qu'au cours des quarante dernières années, j'ai eu des inclinations instinctives pour tel ou tel candidat, qui se sont avérés être des mirages après les élections : l'un étaient surtout un beau parleur, l'autre un grand séducteur, certains ont bénéficié de l'envie de voir une tête nouvelle, le dernier est passé une première fois parce qu'il avait tellement essayé sans succès, qu'on s'est dit que c'était son tour – un peu comme Poulidor, en somme – et une deuxième fois parce qu'on ne voulait surtout pas de son adversaire. Suivre ses inclinations, ça vaut peut-être pour le choix d'une petite amie quand on est ado – et encore… Mais à l'expérience, en politique, ça ne vaut rien. Vous n'auriez pas l'idée de vous marier en passant par un chasseur de têtes. En sens inverse, mieux vaut à mon avis abandonner l'idée que le choix d'un président puisse être judicieux sans un minimum de professionnalisme.

Hervé : votre question a l'élégance de la candeur ; je ne la prends pas mal et vous pouvez légitimement vous interroger sur mes motivations par souci de transparence. La réponse est claire et nette : je fais ce travail bénévolement. Je ne suis rémunéré par personne, aucune entreprise, aucune association, aucun syndicat, aucun parti, aucune fondation, rien. Et je n'attends personnellement rien en retour. Mon seul objectif, c'est d'apporter ma contribution au débat. J'avoue que je suis pleinement récompensé par les réactions de tous ces nouveaux amis que je me découvre sur ce blog.

Reii. Comme vous, j'aimerais passer un jour aux questions de société, discuter de l'immigration et de l'intégration, de la politique d'environnement et de la politique culturelle, des investissements qu'il faut faire pour redémarrer, de la manière de faire repartir l'ascenseur social. J'aimerais que nous débattions un peu sérieusement et profondément de ces sujets quitte à lancer des débats sur lesquels nous – les fidèles de ce blog – ne nous mettrons jamais d'accord. Mais Hipparque le dit fort justement : le premier enjeu de cette élection est économique. L'importance que je donne à l'économie dans notre blog, ce n'est pas à moi que vous la devez mais à la situation et à l'accumulation de non-sens contenus dans les propositions du parti socialiste.

J'en viens à la longue contribution de l'ami Duong. Rassurez-vous, je n'ai pas mal pris vos questions. D'ailleurs, je ne m'offusque pas d'être pris à parti personnellement, surtout de la manière courtoise dont vous le faites. Après tout, en écrivant, je m'expose, c'est à mes risques, et puis il m'arrive évidemment d'être maladroit.

Commençons par votre commentaire sur les vertus de l'anonymat : j'en découvre les vertus comme vous ; il contraint le lecteur à se focaliser sur les idées développées sans tenir compte de l'autorité réelle ou usurpée de l'auteur ; il contraint l'auteur à un effort parce qu'on ne le croira pas "sur parole". De ce point de vue, la lecture hebdomadaire de The Economist, dont ni les articles ni les éditoriaux ne sont signés tranche singulièrement avec la paresse intellectuelle qui transparaît souvent sous la plume de nos éditorialistes à nous, qui enchaînent papier sur papier à un rythme qui semble parfois un peu excessif pour leur talent.

Je prends ensuite votre point sur les ellipses dont je parsème mes papiers. Je devrais être parfois plus explicite. En même temps, un bon raccourci vous mène parfois plus vite à destination… C'est sans doute affaire de dosage. Et puis le principe du blog, c'est que vous pouvez y interpeller l'auteur. Vous ne vous en privez pas, apparemment…

Vous revenez sur cette petite phrase du programme que j'avais épinglée et selon laquelle réhabiliter la volonté politique pourrait rétablir la confiance. Je ne voudrais pas passer trop de temps à faire l'exégèse d'un texte qui n'en mérite pas. Bien sûr, je comprends ce que l'auteur veut plus ou moins dire. J'ai mon interprétation, vous en offrez une autre, les deux sont est à peu près les mêmes. Ce qui m'irrite et me déçoit, c'est ce plus ou moins, cet à peu près. Ce n'est pas comme ça que j'ai appris à écrire. Et, que je sache, le PS ne manque pas d'experts qui sont qui professeur, polytechnicien, normalien, ou énarque. Et puis, il n'est pas interdit d'écrire en français avec son certificat d'études.

Venons-en au fond.

"Tout en les souhaitant, la société française a peur des changements, tout simplement parce qu'elle n'a pas confiance dans ses dirigeants (...) Or l'adhésion au changement est forcément fonction de la crédibilité de celui ou de celle qui le propose. Les Français ne croient plus aux promesses (…) Ils ont été trop souvent déçus par les bonimenteurs (...) Le défi d'un responsable politique, c'est d'être crédible lorsqu'il parle du changement."

Qui écrit ceci ? Ezra Suleiman, un (grand) professeur de sciences politiques à l'université de Princeton, observateur de la France depuis des années. Nous sommes d'accord, ami Duong : il fait rétablir la confiance. Et pour ça, il faut arrêter de faire des promesses inconsidérées qu'on financera "par la croissance" tout en proclamant dans le vide que la confiance reviendra de la réhabilitation de la volonté.

Demandez-vous quelle crédibilité le PS aurait pu gagner s'il avait fait le constat suivant : la France s'est endettée de manière préoccupante ; l'augmentation de la dette ne résulte pas d'un effort spécifique pour la croissance, mais pour l'essentiel d'une gestion peu rigoureuse. Le remboursement de la dette constitue un report de charge sur les jeunes au moment même où le vieillissement de la population va alourdir le poids de la solidarité sur des actifs moins nombreux. Nous, socialistes, proposons donc que les marges de manœuvre que nous pourrons dégager dans les cinq ans à venir – réforme des administrations, croissance supplémentaire – soient affectées prioritairement à l'allègement du fardeau que les anciens transmettraient sinon aux plus jeunes, qui sont aussi les plus fragiles, etc. Est-ce que ce discours n'aurait pas été plus crédible ? Est-ce que face à une crise profonde – ce n'est pas moi qui qualifie la situation ainsi, c'est M. Jospin, on promet du bonheur pour tous ou, comme M. Churchill en son temps, on annonce que le temps de l'effort est venu ?

Notez au passage que le diagnostic aurait été largement inattaquable : pour le dresser, je me suis contenté de recopier les têtes de chapitre du rapport sur l'endettement de M. Michel Pébereau commandé par le gouvernement actuel.

Pour en finir avec cette discussion, je lis dans Les Echos de ce jour que la "tête chercheuse" du premier ministre, qui devient son directeur de cabinet, théorise sa méthode en disant que "la vraie légitimité d'un homme politique, c'est la force de son action". Tout ce que j'ai dit de négatif sur la petite phrase du programme du PS s'applique au fond de la même manière à cet aphorisme.



Venons en, ami Duong, à ma démarche. Vous avez raison de dire qu'avant de lancer une mission de recrutement, il faut définir ses objectifs.

Ce que j'avais proposé dans mon premier billet ne suffit-il pas ? Souvenez-vous, je proposais que nous choisissions ensemble le président de la République en appliquant une approche de professionnel.

Je proposais une méthode : répondre aux questions suivantes relatives aux candidats :

  • Quel diagnostic portent-ils sur la situation actuelle ?
  • Quelle vision stratégique proposent-ils pour les cinq années de leur mandat ?
  • Quelle nouvelle gouvernance mettraient-ils en place ?
  • Comment réorganiseraient-ils les fonctions centrales ?
  • Quel témoignage peuvent-ils donner de leur aptitude à conduire le changement ?

Dans un billet ultérieur, j'ai proposé trois critères d'évaluation des candidats :

  • Le programme, parce que c'est la base du contrat entre le peuple et l'élu.
  • L'expérience – et en particulier la capacité de réformer – parce que les idées sans leur application, ce n'est rien.
  • La personnalité, parce qu'au-delà de tout ce qu'on peut promettre et anticiper, il y a l'imprévisible, de quoi seul la personnalité du président répond.

Vous me semblez adhérer à la démarche et en même temps vous écrivez qu'au bout du compte, ce qui va le plus distinguer les choix effectués, ce sont les objectifs visés. Peut-être… Et quand bien même ? Est-ce que le fait que les électeurs écoutent les promesses doit nous faire renoncer à nos analyses ? Que le vote soit fondé sur une inclination, ou sur une démarche instinctive ne m'empêche pas de prôner la démarche la plus rationaliste possible. Vous êtes prêt à croire aux promesses. Moi, je suis comme les électeurs analysés par M. Suleiman, j'en ai trop entendu.

Reste un dernier point : vous voyez mal comment je pourrais voter pour le candidat du parti socialiste après avoir écrit : le socialisme a fait faillite… Mais c'est simple, ami Duong : de la même manière que des socialistes ont voté pour M. Chirac il y a quatre ans ! La démocratie ne vous conduit pas toujours à élire le candidat de votre choix. Elle peut vous conduire à éliminer un candidat que vous ne croyez pas bon pour le pays.

A mon tour de vous poser une question : apparemment, vous avez été choqué par les termes faillite du socialisme. Pouvez-vous définir ce qu'est le socialisme ? Pouvez-vous me dire où il a réussi ?