Je reviens aujourd'hui sur la crise du CPE au titre d'ancien membre de la Commission qui s'est réunie de 1997 à 1998 sous la présidence de Jacques Attali en vue de réformer l'enseignement supérieur.

Cette commission avait été mise en place par Claude Allègre, alors ministre de l'Education nationale, de la Recherche et de la Technologie. Au terme de nos travaux, nous avions recommandé unanimement que soit institué le système connu aujourd'hui sous le signe LMD (licence, master, doctorat). Cela a été fait en dépit de quelques soubresauts. Mais nous avions également demandé, et tout aussi unanimement, que la licence soit fortement professionnalisée, c'est-à-dire que pour de nombreuses filières d'enseignement, elle débouche sur de véritables métiers, susceptibles de conduire rapidement à un contrat de travail. J'ignore dans quelle mesure cette dernière recommandation a été suivie d'effet, mais une chose est claire, l'objectif n'a pas été atteint.

Mais, me direz-vous, quel est le rapport entre ces rappels et le mouvement contre le CPE ? Il est pour moi évident. En effet, si les étudiants sentaient, pour la plupart, que leurs études les conduisaient assez sûrement à un emploi, je suis convaincu qu'à part les activistes professionnels et les idéologues patentés, peu d'entre eux auraient manifesté contre ce qui n'était somme toute qu'une procédure de recrutement impliquant une validation de compétences. A cet égard, il serait intéressant de savoir quels sont le pourcentage des élèves préparant un Brevet de Technicien Supérieur ou un Diplôme Universitaire de Technologie qui ont fait grève et celui des établissements correspondants qui ont été fermés.

Depuis trente ans, nous laissons entrer des élèves dans des filières universitaires dont chacun sait, et les professeurs en premier lieu, qu'elles ne mènent nulle part sinon parfois au doctorat qui ne peut de toute façon n'être atteint que par un tout petit nombre. Depuis trente ans, les exigences de travail et de résultat ne cessent de se réduire pour éviter l'échec final au plus grand nombre. Tout cela conduit progressivement à une dévaluation des diplômes universitaires car les employeurs constatent rapidement que tel ou tel diplôme acquis dans telle ou telle filière n'est plus une garantie de compétence. Ils en tirent tout aussi rapidement les conséquences, et ils n'embauchent plus que des diplômés qui offrent à coup sûr la garantie recherchée. Dans ces conditions, comment s'étonner que l'université mène souvent au chômage et à la frustration ? Cette situation n'est que le résultat de la démagogie et du mensonge qui ont envahi le discours sur l'école, œuvre de Diafoirus irresponsables relayée par des idéologues et des médias qui ne le sont pas moins.

La future campagne électorale permettra-t-elle enfin de rétablir la vérité à cet égard et à terme de sauver du désastre professionnel non pas ceux qui manifestaient il y a peu, mais au moins leurs enfants ?